Otto Donald Rogers
Otto Rogers, ou Don comme ses amis l’appèlent, est un artiste canadien bien connu. Il est né en 1935 et a grandi sur une ferme près de Kerrobert, en Saskatchewan. Pendant son enfance, il a été profondément touché par le paysage des prairies. Il avait l’habitude de prendre des marches solitaires tous les jours : tôt le matin pour se rendre à l’école, un bâtiment à une seule salle de classe, et avant le souper ou au coucher du soleil pour ramener les animaux du pâturage. Durant ses marches, son attention était attirée vers l’horizon des prairies, cette ligne d’intersection entre ciel et terre et il trouvait les formes et les couleurs enivrantes.
Au cours de mes marches quotidiennes, je sentais souvent cette intense contradiction — être tout près et très loin simultanément. Au-dessus les oiseaux étaient perpétuellement en mouvement — ils avaient des ailes. À toutes les saisons par instinct, ces ailes les amenaient vers leur nid. Je me demandais si notre esprit et notre cœur avaient des ailes ou si plutôt ces importants centres de notre personne étaient nos ailes1.
Lorsqu’il étudiait à l’école normale de Saskatoon en 1952, M. Rogers a suivi un cour d’art avec la peintre Wynona Mulcaster de Saskatoon. Elle était tellement éblouie par son talent qu’elle lui a accordé une exposition en solo et l’a encouragé à s’inscrire au programme d’art de l’université du Wisconsin. Plus tard, il a obtenu une maîtrise en Beaux Arts et a peint à New York pendant un certain temps. En 1959 il a commencé une carrière qui allait durer 29 ans à l’université de la Saskatchewan.
L’année suivante sa vie a pris un tournant important, puisqu’il est devenu un adhérant de la foi bahá’íe et, à partir de cette époque, les principes de la Foi ont, bien sûr, guidé son cheminement personnel, mais ils ont aussi beaucoup influencé son travail. Le concept d’unité dans la diversité est au cœur de sa foi et de son art. « La clé de l’unité est dans la diversité. Car sans diversité il est impossible de créer. Sans diversité tout ce qu’on a est l’uniformité, comme dans un motif de tuiles2 . »
M. Rogers en est venu à considérer que la création artistique est une forme de supplication en même temps qu’elle est une expression d’hommage à Dieu. Son dévouement à la foi bahá’íe l’a mené à guider beaucoup de ses étudiants dans leur quête spirituelle. Bon nombre d’entre eux se sont joints à la vague de nouveaux bahá’ís en Saskatchewan durant les années 1960 et 1970. Il était chef du département des Arts à l’université de la Saskatchewan quand, en 1988, il a été appelé à servir comme membre du Centre international d’enseignement au Centre mondial bahá’í, à Haïfa, en Israël. Il a dû déménager à Haïfa avec son épouse Barbara et a vécu dans cette ville pendant dix ans. Pendant son séjour à Haïfa, à cause des exigences de son travail pour la communauté bahá’íe, il ne pouvait se consacrer à son art que pendant les fins de semaines. Pour cette raison, il n’a eu que trois expositions en Amérique du Nord durant cette période. Il pense toutefois que le paysage varié et contrasté d’Israël avait créé en lui une réserve de créativité que, en raison de ses limites de temps pour l’art, il ne devait pouvoir explorer qu’à son retour au Canada. « Il y avait beaucoup d’images en moi qui n’ont pas eu l’occasion de se manifester3 . » Son travail en Israël lui a aussi donné une occasion rare d’aller en Russie où il a pu rencontrer des artistes de l’art abstrait qui avait été banni sous le régime soviétique. Il a eu droit à une visite privée des voûtes du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg, qui contient des œuvres d’artistes comme Kandinsky et Malevich.
Parmi les personnes ayant une réputation mondiale qui ont une de ses œuvres on compte Clement Greenberg, un critique d’art new-yorkais et sir Anthony Caro, un artiste britannique qui l’a invité participer à deux de ses ateliers, un à New York et l’autre en Espagne.
Quand leur période de service au Centre mondial bahá’í s’est terminée, Otto et Barbara Rogers se sont établis près de Milford en Ontario, où Otto travaille dans un studio créé par son gendre, l’architecte torontois Siamak Hariri. Depuis son retour au Canada, en 1988, il y a eu six expositions de ses œuvres — deux à Vancouver, deux à Calgary, une à Saskatoon et une à Toronto. Il créé des œuvres qui réflètent sa conviction que l’art devrait épouser des formes qui sont magnifiques et qui nous émeuvent, qui « sont une réponse à la voix qui vient d’en haut4 . »
- Otto Rogers, Reflections on the Spiritual Quest of the Artist, from Otto Rogers: New Paintings and Sculpture 1977-78, catalogue d’exposition de la Southern Alberta Art Gallery (Lethbridge: Southern Alberta Art Gallery, 1978), p. 7.
- Extrait d’une interview d’Otto Rogers par Sheila Robertson, paru dans le Star Phoenix de Saskatoon, le 17 novembre 2001. [Traduction]
- Ibid.
- Extrait d’une interview d’Otto Rogers par Sheila Robertson, paru dans le Star Phoenix de Saskatoon, le 17 novembre 1992. [Traduction]